Pendant les vacances de la Toussaint, j’ai pris le temps de lire Rerum Novarum. Il s’agit d’une encyclique assez courte (une vingtaine de pages) publiée en 1891 sous le pontificat de Léon XIII. A sa lecture, j’ai été particulièrement surpris de l’actualité de cette encyclique.
Evidemment certaines formules sont un peu arriérées. Je vois mal aujourd’hui un pape parler des hommes d’affaires comme « d’un petit nombre de riches et d’opulents, qui imposent un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires » (LEON XIII, Lettres apostoliques, tome 3, Roger et Chernoviz, Paris, 1896, p. 21). Quelques lignes plus loin, il tient des propos très durs envers les socialistes « qui poussent à la haine jalouse des pauvres contre ceux qui possèdent. » (ibid.)
Mais, ce texte rejoint les problèmes sociaux et économiques contemporains. Ainsi, le débat récent sur le travail du dimanche prend une dimension particulière quand Léon XIII écrit ceci : « allié avec la religion, le repos retire l’homme des labeurs et des soucis de la vie quotidienne, l’élève aux grandes pensées du ciel, l’invite à rendre à son Dieu le tribut d’adoration qu’il lui doit. Tel est surtout le caractère et la raison de ce repos du septième jour. » (ibid., p. 53) On voit ici l’importance de libérer l’homme de ses obligations afin de faire grandir sa foi, en gardant le dimanche férié.
Léon XIII porte également un regard sensible sur les difficultés du monde du travail : « Il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l’ouvrier sobre et honnête. Si, contraint par la nécessité, ou poussé par la crainte d’un mal plus grand, il accepte des conditions dures que, d’ailleurs, il ne lui était pas loisible de refuser, parce qu’elles lui sont imposées par le patron (…) il subit une violence contre laquelle la justice proteste. »(ibid., p. 57) Les récents suicides à France Telecom en sont, malheureusement, l’illustration récente. Selon l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles), une étude réalisée, en 2000, montre que 29 % des salariés européens interrogés déclaraient avoir des problèmes de santé liés au stress au travail. Concernant les salaires, les études de l’ONPES (Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale) montrent qu’en France la part de travailleurs pauvres (avec un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté) est passée de 1,47 million en 2003 à 1,74 million en 2005. La solution pour Léon XIII est (déjà) de remettre l’homme au cœur du système économique par l’intervention de l’Etat : « Quelle que soit dans les hommes la force des préjugés et des passions, (…), il faudra que tôt ou tard la bienveillance publique se tourne vers ces ouvriers qu’on aura vus actifs et modestes, mettant l’équité avant le gain et préférant à tout la religion du devoir. » (ibid., p. 69)
Il y aurait beaucoup d’autres thèmes à analyser dans cette encyclique : la propriété privée, le travail des enfants, la charité, les corporations ouvrières… Le plus important, selon moi, est le fait que Léon XIII invite les chrétiens à réconcilier les « riches » et les « pauvres » : « L’erreur capitale, c’est de croire que les deux classes sont ennemies-nées l’une et l’autre, comme si la nature avait armé les riches et les pauvres pour qu’ils se combattent mutuellement dans un duel obstiné. » (ibid., p.33) « L’Eglise, (…) instruite et dirigée par Jésus Christ, porte ses vues encore plus haut. Elle propose un ensemble de préceptes plus complet, parce qu’elle ambitionne de resserrer l’union des deux classes jusqu’à les unir l’une à l’autre par les liens d’une véritable amitié. » (ibid., p 34) C’est une invitation à créer de nouvelles amitiés, de nouvelles solidarités. Bref, je vous propose de participer aux prochaines Semaines Sociales de France qui auront lieu du 20 au 22 novembre prochain à Villepinte portant sur les nouvelles solidarités. Et évidemment à lire Rerum Novarum.







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