contact


français english

Séminaire des Carmes

Séminaire universitaire de l'Institut Catholique de Paris

Vous êtes ici : Accueil > La communauté > Terrains libres > Ad litteram

Les plus lus

Homélie du 10 mai 2007

Durant la nuit de prière pour les vocations

dimanche 13 mai 2007, par Père Vincent Holzer
L’homélie de la messe du 10 mai 2007 : une nuit de prière pour les vocations.
Textes : Ac 15, 7-21 – Ps 95 – Jn 15, 9-11.
Prédicateur : Père Vincent Holzer, cm.

Tout le secret de Jésus, tout le mystère de son existence nous est révélé dans cette parole : « En observant les commandements de mon Père, je demeure dans son amour. » (Jn 15, 10). Cette affirmation de Jésus peut nous surprendre : en effet, Jésus affirme qu’il observe les commandements de son Père, et qu’ainsi il demeure dans son amour. On pourrait dire, et avec raison, que Jésus se range de notre côté et qu’ainsi il ne veut pas échapper, il ne veut pas se soustraire à l’hommage que tout homme, profondément religieux et respectueux de la grandeur et de la puissance de Dieu lui doit. Vous le savez, ce qui caractérise un homme religieux, c’est qu’il éprouve une joie véritable à reconnaître que Dieu est plus grand que lui et que ce Dieu aime à rencontrer l’homme pour manifester sa présence. Elle est, le plus souvent, perçue comme un bienfait, une source protectrice. D’ailleurs très spontanément, on appelle Dieu le « bon Dieu ». L’homme associe spontanément Dieu à la bonté. Cette conscience de la présence de Dieu peut susciter en nous un désir de louange et de reconnaissance. Mais Jésus nous apprend aussi autre chose sur Dieu. Il nous révèle quelque chose de vraiment nouveau et d’inattendu, une chose à laquelle nous ne sommes pas habitués, et que nous devons encore découvrir. L’Evangile de Jésus nous apprend que l’hommage que nous devons à Dieu, c’est d’abord et surtout, et seulement, celui de l’amour, de l’amour le plus libre et le plus gratuit qui soit.

Un jour, l’un de mes neveux m’a demandé de prier pour lui, avant les épreuves du baccalauréat. Je lui ai alors posé une question : pourquoi veux-tu que je prie pour toi ? Il m’a répondu : « parce ce que tu es prêtre, et qu’on ne sait jamais, ça pourrait me porter chance. » Et je me suis dit, qu’après tout, rien n’était perdu pour lui et qu’il avait encore beaucoup de choses à découvrir. Il y a des prières que Dieu ne peut pas exaucer parce qu’elles sont indignes de l’amour qu’il nous porte. Je viens de vous dire que l’Evangile nous réservait une surprise de taille, une nouvelle inattendue : l’hommage que nous devons à Dieu peut être celui de l’amour désintéressé qui ne calcule pas, qui n’essaie pas de tirer le meilleur parti de cette relation. Quand on a découvert le Dieu de Jésus dans sa vie, on ne dit pas Bingo, mais Amen ! Mais, à vrai dire, la surprise est encore à venir. Et cette surprise, qui est le cœur de l’Evangile, la voilà : « ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés. », voilà ce qu’est l’amour.

Le cœur battant de la foi chrétienne réside dans cette découverte, cette découverte dont Jésus sait qu’elle conduit à la joie, non pas la joie d’un moment, non pas le bonheur fragile et éphémère d’une super soirée entre potes (même s’il en faut, et même souvent), mais ce que Jésus appelle la « joie parfaite », la joie que nul ne peut nous ravir, tant elle est logée au plus profond de notre être et tisse l’étoffe de notre invincible espérance. Oui, cette joie peut nous envahir tout entier et atteindre une sorte de plénitude. Elle peut être vécue même dans la souffrance, parce qu’elle vient de Dieu, elle procède de Dieu. Vous connaissez cette parole de l’Ecriture : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger ? (…) Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. » (Rm 8, 35)

Ainsi, nous sommes tout naturellement conduits à nous poser une ultime question. Ou j’aimerais plutôt vous lancer comme un défi, une provocation : « Dis-moi quel est ton Evangile et je te dirai qui tu es ! » Adhérer à l’Evangile du Christ, comme dit l’Apôtre Paul, c’est choisir le Christ : « Ce n’est pas nous-mêmes, mais Jésus-Christ Seigneur que nous proclamons. » Paul ne cesse de revenir à ce centre, et pour quel motif : « L’amour du Christ nous étreint, à cette pensée qu’un seul est mort pour tous (…) afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. » (2 Cor 5, 14-15) Jésus n’est pas un exemple du passé. Il est, par l’Esprit Saint, notre hôte intérieur, « un trésor » que nous portons dans des vases d’argile. Adhérer au Christ, c’est répondre à la mission d’annoncer l’Evangile. Cette mission est l’acte de naissance de l’Eglise. L’Eglise n’est pas une vieille institution du passé ; elle est comme un « nouveau-né » permanent, car elle renaît à chaque fois que l’un de nous se lève et prend part à l’annonce de l’Evangile. Cette invitation, c’est Jésus lui-même qui nous l’adresse. Que répondrons-nous ?


© Séminaire des Carmes 2007 - Mentions légales - fil rss